Résistance au feu des matériaux de construction : REI, SF, PF, CF et durées de 15 à 360 minutes
Pour choisir une paroi, une porte, un plancher ou un isolant, le classement au feu ne se lit pas comme une simple note de qualité. Il indique soit la façon dont un matériau alimente l’incendie, soit le temps pendant lequel un élément de construction conserve sa fonction. Cette différence évite les erreurs de prescription, notamment en ERP, en logement collectif, en industrie ou dans les gaines techniques.
Réaction au feu et résistance au feu : ne pas mélanger les deux tableaux
La réaction au feu décrit le comportement d’un matériau face à une flamme : s’enflamme-t-il facilement, produit-il beaucoup de fumées, génère-t-il des gouttelettes enflammées ? Elle concerne par exemple un revêtement mural, un isolant apparent, un textile ou un panneau décoratif.
Quiz : Maîtrise de la résistance au feu
La résistance au feu mesure la durée pendant laquelle un élément de construction reste efficace pendant l’incendie. Une porte coupe-feu, une cloison, un plancher ou une structure porteuse peuvent être classés 30, 60, 120 minutes ou plus selon les essais. Dans un incendie, la température peut atteindre 600 à 1000°C en quelques minutes : la question n’est donc pas seulement de savoir si le matériau brûle, mais combien de temps l’ouvrage maintient le compartimentage, la stabilité et la protection des occupants.
Les lettres européennes R, E, I et W
Le classement européen de résistance au feu, défini par la norme EN 13501-2, utilise des lettres associées à une durée en minutes. R signifie résistance mécanique ou stabilité porteuse. E désigne l’étanchéité aux flammes et aux gaz chauds. I correspond à l’isolation thermique, c’est-à-dire la limitation de l’élévation de température du côté non exposé au feu. W indique la limitation du rayonnement, avec un seuil de référence de 15 kW/m².
Un classement REI 120 signifie donc que l’élément reste porteur, étanche et isolant pendant 120 minutes. Un classement EI 60, fréquent pour un bloc-porte ou une cloison non porteuse, signifie étanchéité et isolation pendant 60 minutes, sans exigence de portance.
Tableau de correspondance résistance au feu : ancien classement français et classement européen
Les anciennes désignations françaises restent souvent rencontrées dans les CCTP, diagnostics, notices de sécurité ou échanges de chantier : SF pour stable au feu, PF pour pare-flammes et CF pour coupe-feu. Le classement européen les remplace progressivement avec les lettres R, E, I, mais les correspondances restent utiles pour comprendre une exigence ou relire un document ancien.
Arrêté du 22 mars 2004 : Normes de résistance au feu des constructions — Consultez le texte réglementaire officiel définissant les exigences de résistance au feu pour les produits et éléments de construction.
| Exigence française | Signification | Équivalent européen courant | Fonction assurée |
|---|---|---|---|
| SF | Stable au feu | R | Stabilité mécanique ou portance |
| PF | Pare-flammes | E | Étanchéité aux flammes et gaz chauds |
| CF | Coupe-feu | EI ou REI selon l’élément | Étanchéité + isolation thermique, avec portance si nécessaire |
La durée associée reste essentielle. Dire qu’un élément est coupe-feu n’a pas de valeur suffisante sans préciser son temps de résistance. Une porte CF 1h ne répond pas à la même exigence qu’une paroi REI 120. L’arrêté du 22 mars 2004 modifié encadre la résistance au feu des produits, éléments de construction et ouvrages.
| Durée française | Durée européenne | Exemple de lecture |
|---|---|---|
| 1/4 h | 15 min | R 15, E 15, EI 15 ou REI 15 |
| 1/2 h | 30 min | EI 30 pour une porte ou une cloison |
| 3/4 h | 45 min | REI 45 pour un élément porteur |
| 1 h | 60 min | CF 1h ≈ EI 60 ou REI 60 selon le cas |
| 1 h 30 | 90 min | REI 90 pour un plancher ou une paroi porteuse |
| 2 h | 120 min | SF 2h ≈ R 120 ; coupe-feu 2h ≈ EI/REI 120 |
| 3 h | 180 min | REI 180 |
| 4 h | 240 min | REI 240 |
| 6 h | 360 min | REI 360 |
Tableau réaction au feu : classement M, Euroclasses et fumées
La réaction au feu est encadrée notamment par l’arrêté du 21 novembre 2002 pour les produits de construction. Le classement français historique compte 6 catégories : M0 à M4, plus NC pour non classé. Le classement européen, défini par EN 13501-1, s’appuie sur sept classes principales, A1, A2, B, C, D, E et F, complétées par deux indices : les fumées s1, s2, s3 et les gouttelettes ou débris enflammés d0, d1, d2.
| Classement M | Comportement général | Correspondance Euroclasse indicative | Exemples courants |
|---|---|---|---|
| M0 | Incombustible | A1 | Béton, pierre, brique, acier non revêtu, laine minérale selon produit |
| M1 | Non inflammable | A2-s1,d0 à B-s3,d1 selon produit | Plaques de plâtre, certains panneaux traités, tissus M1 selon NF P92-507 |
| M2 | Difficilement inflammable | C-s3,d1 environ | Certains bois traités ou revêtements spécifiques |
| M3 | Moyennement inflammable | D-s3,d1 environ | Bois massif non traité selon essence et épaisseur |
| M4 | Facilement inflammable | E ou F selon essais | Certains plastiques, mousses ou matériaux combustibles non traités |
| NC | Non classé | F | Produit sans performance démontrée |
Lire une Euroclasse sans se tromper
Dans un classement comme B-s1,d0, la lettre B indique la contribution au feu, s1 une faible opacité des fumées et d0 l’absence de gouttelettes enflammées lors de l’essai. Les 3 niveaux de fumées vont de s1 à s3 ; les 3 niveaux de gouttelettes vont de d0 à d2. Deux produits proches en lettre principale peuvent donc être très différents en conditions réelles d’évacuation si l’un émet beaucoup plus de fumées.
Il faut aussi éviter de comparer brutalement M et Euroclasses comme s’il s’agissait d’une conversion mathématique parfaite. Les méthodes d’essai ne sont pas identiques : NF P92-501, EN 13501-1 et EN 13501-2 répondent à des protocoles normalisés distincts. La correspondance sert à s’orienter, mais le document de référence reste le procès-verbal de classement du produit concerné.
Exemples de matériaux de construction et points de vigilance
Un matériau minéral comme le béton, la brique, la pierre ou certaines laines minérales est généralement recherché pour son incombustibilité. Mais la performance d’un ouvrage ne dépend pas uniquement du matériau brut : épaisseur, assemblage, joints, fixations, parements, traversées de réseaux et conditions de pose influencent le classement obtenu.
Une plaque de plâtre peut contribuer à une paroi résistante au feu, mais seulement dans un système complet validé : ossature, nombre de plaques, isolant, entraxe, hauteur, traitement des joints. De même, un bloc-porte coupe-feu ne se résume pas à son vantail ; les huisseries, paumelles, ferme-porte, joints intumescents et jeux périphériques font partie de la performance certifiée.
La sécurité incendie fonctionne comme une chaîne : le niveau réel est celui du maillon le plus faible. Une cloison EI 60 perd son intérêt si une trémie non calfeutrée laisse passer les fumées, si une porte reste bloquée ouverte ou si un calorifuge combustible traverse un compartiment sans protection adaptée. Pour vérifier un choix, il faut donc raisonner par continuité du compartimentage, pas seulement par matériau isolé : support, interface, traversée, fixation et maintenance doivent rester cohérents avec l’exigence feu.
Cas fréquents : portes, gaines, planchers et aménagements
Pour une porte coupe-feu, le classement EI 30, EI 60 ou EI 120 est généralement plus parlant que l’ancienne mention CF 1/2h, CF 1h ou CF 2h. Pour un plancher porteur, la présence du R devient déterminante : REI indique que la structure garde sa portance, son étanchéité et son isolation. Pour une gaine technique, l’objectif est souvent d’éviter la propagation verticale des flammes et des fumées entre niveaux.
Dans les ERP, les exigences peuvent également concerner les aménagements intérieurs : rideaux, voilages, matelas, literie ou mobilier. On rencontre alors des références comme NF P92-507 pour le classement M1 des tissus, NF EN 597-1&2 pour les matelas ou NF EN ISO 12952-1&2 pour la literie. Ces classements relèvent davantage de la réaction au feu que de la résistance structurelle.
Documents à vérifier avant de prescrire ou poser un produit
Le bon réflexe consiste à demander la preuve de classement, pas seulement une affirmation commerciale. Les essais peuvent être réalisés par des laboratoires agréés comme le CSTB ou le LNE. Le procès-verbal de classement précise le produit testé, son domaine d’application, le support admis, les dimensions, le mode de pose et les éventuelles limites d’emploi.
- Vérifier la durée : 30, 60, 90, 120 minutes ou plus selon l’exigence du projet.
- Contrôler les lettres : R, E, I ou W ne couvrent pas les mêmes fonctions.
- Comparer le système complet : un composant seul ne garantit pas la performance de l’ouvrage installé.
- Regarder la validité : les procès-verbaux de classement sont valables 5 ans.
- Tenir compte du marquage CE : il est obligatoire pour les produits de construction concernés.
En pratique, un tableau de résistance au feu sert à présélectionner une solution, mais la conformité finale se confirme toujours avec le PV, l’avis de chantier éventuel, les prescriptions du bureau de contrôle et les exigences réglementaires applicables au bâtiment. Cette lecture croisée permet de passer d’un classement théorique à une sécurité passive réellement fiable.
- Mur intérieur en brique : choisir la bonne teinte, le bon relief et le bon support - 11 septembre 2026
- Dosage du mortier : 1 seau de ciment, 3 de sable et l’eau juste nécessaire - 8 septembre 2026
- Ciment pour chape : 350 kg/m³, 5 cm et les choix qui évitent les fissures - 7 septembre 2026



